Interview
📅 21/10/2026
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🇬🇧 English

Résumé

À l’occasion de la conférence #SIAI2026 du 19 novembre, Dominique Gaillard a accepté de répondre à cinq questions sur l’IA, la data et la souveraineté, pour introduire le sujet et partager la vision du GP staker ARMEN.

Co-fondateur d'Ardian, ancien président de France Invest, Dominique Gaillard préside aujourd'hui Armen, plateforme de GP stakes qui prend des participations minoritaires dans des sociétés de gestion européennes. Il répond à nos cinq questions sur l'IA, la data et la souveraineté.

1. Stratégie

Antoine Jeanjean : L'IA est partout dans les discours. Concrètement, qu'a-t-elle déjà changé dans votre façon d'investir et qu'est-ce qu'elle ne remplacera jamais dans le métier de GP ?

Dominique Gaillard : Le GP stakes est un métier jeune. Il n'existe pas trente ans de bases de données et nous avons peu de comparables contrairement au segment LBO par exemple. Nous avons donc dû construire nos propres grilles d'analyse, et elles sont très data driven : track record du GP fonds après fonds, qualité et diversification de sa base de LPs, dynamique de son portefeuille, ambition et qualité du management, solidité de l'équipe, niveau de digitalisation. L'IA nous aide à collecter et structurer cette matière, à lire des centaines de documents, à repérer les incohérences.

Ce qu'elle ne remplacera pas, c'est le jugement. Dans les post-mortem de mes 35 ans de métier, les risques étaient toujours bien identifiés, mais jamais correctement quantifiés. L'IA listera très bien les forces, les faiblesses et les risques. Décider du poids à leur donner, et prendre position, cela reste le travail d'un investisseur.

2. Participations

Antoine Jeanjean : Avec Armen, vos participations sont elles-mêmes des sociétés de gestion. Qu'est-ce qui distingue celles qui ont pris le virage data et IA de celles qui le subissent ?

Dominique Gaillard : La différence ne se voit pas dans les outils, elle se voit dans le fonctionnement de l'équipe. Les sociétés de gestion qui ont pris le virage ont une donnée propre, centralisée et partagée : un CRM vivant, un suivi de portefeuille à jour, une mémoire du fonds qui ne dépend pas de la boîte mail et du téléphone de chaque associé. Sur cette base, l'IA devient un vrai copilote : préparer un comité, retrouver ce qu'un LP a dit il y a deux ans, synthétiser le reporting d'une participation. Celles qui le subissent empilent des fichiers Excel et des outils qui ne se parlent pas, et l'IA ne fait qu'ajouter une couche de confusion.

Pour un investisseur en GP stakes, le niveau de digitalisation d'une société de gestion et sa volonté d'adoption des nouvelles technologies sont devenus des critères d'analyse et de sélection à part entière, au même titre que la performance ou la base de LPs. C'est un bon indicateur de sa capacité à lever le prochain fonds et à pérenniser son organisation.

3. LPs

Antoine Jeanjean : Vos LPs demandent toujours plus de transparence et de reporting. L'IA va-t-elle transformer la relation GP/LP, ou seulement accélérer la production de PDF ?

Dominique Gaillard : Si elle ne sert qu'à produire plus vite plus de PDF, nous aurons raté quelque chose. Les LPs ne manquent pas de données, ils manquent de réponses sur mesure. Pouvoir répondre vite et précisément à la question d'un LP, avec la donnée du fonds, sans mobiliser trois personnes pendant deux jours, sera bientôt une norme et un standard à atteindre. C'est aussi la capacité de garder la mémoire de la relation : ce qu'un LP a demandé, ce qu'on lui a répondu, ses contraintes propres.

Le temps gagné doit servir à renforcer le dialogue sur la stratégie et la création de valeur, parce qu'une levée reste une affaire de relation et de confiance. C'est d'ailleurs ce que nous regardons chez Armen et recherchons dans nos participations : une société de gestion qui connaît bien ses LPs et les sert bien lève mieux et plus régulièrement. La transparence n'est plus une contrainte chronophage, c'est un avantage pour lever.

4. Souveraineté

Antoine Jeanjean : Données de vos LPs, de vos deals, de vos participations : la souveraineté numérique est-elle pour vous une contrainte réglementaire, un critère de choix de vos outils, ou encore un angle mort du private equity français ?

Dominique Gaillard : Les trois, dans l'ordre inverse. C'est encore un angle mort pour une bonne partie de la place : beaucoup de sociétés de gestion ont confié leurs données les plus sensibles, celles de leurs LPs et de leurs participations, à des outils américains sans vraiment se poser la question ou par défaut. C'est en train de devenir un critère de choix, parce que les LPs institutionnels européens posent désormais la question dans leurs due diligences, et parce que la donnée d'un fonds est son actif stratégique. Et c'est une contrainte réglementaire qui va se durcir.

Pour Armen, c'est aussi un critère d'analyse. Un GP qui sait où sont ses données et qui y accède est un GP avec une gouvernance de qualité. C'est pour cela que Bodic est né chez Armen : nous ne trouvions pas sur la place un outil qui réponde à ce besoin, nous l'avons construit. Et je crois que ce travail doit profiter à tout l'écosystème, pas seulement à nous.

5. Équipes et avenir

Antoine Jeanjean : À quoi ressemblera une équipe d'investissement en 2030 ? Quels profils recruterez-vous, et quel conseil donneriez-vous à un jeune analyste qui entre dans le métier ?

Dominique Gaillard : Une équipe déchargée des tâches répétitives, mais pas du jugement. Chaque professionnel aura un copilote digital qui prépare, retrouve, synthétise, et qui porte la mémoire du fonds : les comités, les réunions, les documents reçus. Le temps gagné doit aller vers le terrain, les dirigeants et les LPs. Je ne crois pas pour autant à la disparition des spécialistes. Les experts sectoriels et les conseils pointus seront toujours là dans dix ou quinze ans, parce qu'une IA générique ne remplace pas une expertise.

Nous recruterons des profils capables de faire les deux : lire un bilan et interroger une donnée, et surtout mener une réflexion stratégique. Mon conseil à un jeune analyste tient en une phrase : lisez les rapports en entier, pas les résumés. Les mémos sont devenus des copier-coller de due diligences, lisses et sans aspérités. La valeur, demain comme hier, c'est d'avoir pris le temps de se forger une conviction et de savoir la défendre.


Plus d'infos sur Armen : https://www.armen.eu


Le 19 Novembre 2026 à 13h30 au Village by CA Paris Boétie, Bodic organise la 2nd édition de la conférence SIAI, Souveraineté et Intelligence Artificielle pour l'Investissement. Six tables rondes, douze intervenants venus de MBO+, Quilvest, Épopée Gestion, Jolt Capital, Seven2, Armen et d’autres.

Infos & Inscription : https://siai.bodic.fr


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